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Jerome Keating , Ph.D.Enron, la Chine et leurs convertistranslated by Jerome Besson2007-12-06 Durant quinze jours courant octobre, j’ai voyagé en Europe accompagné de quatre autres universitaires et avocats de la cause taïwanaise. Au cours d’escales dans sept capitales européennes nous avons discuté de Taiwan et de la Chine avec des chefs de gouvernement, des groupes de réflexion, des professeurs d’université, des journalistes etc… Voyage riche d’enseignements par les échanges d’idées qu’il a occasionné. Naturellement, les positions variées divergeaient d’un pays à l’autre. La désinvolture et l’absence de scrupules dans les solutions avancées par certains pour profiter de l’économie chinoise m’ont effrayé. Naturellement, il ne viendrait à l’esprit de personne de remettre en cause l’ambition d’un pays de poursuivre une économie viable, durable et profitable. Qui ne voudrait maintenir la croissance économique de son pays ? Maintenir la croissance, oui. Mais, et là est le hic : jusqu’où la solution à cette question doit-elle intervenir aux dépens d’autres préoccupations ? Pour ce qui touche à la Chine, certains estiment la question négligeable. Ils considèrent qu’à court terme tout devrait céder la priorité aux occasions offertes par le marché chinois. Par exemple, en ce qui concerne la question de Taiwan, ces conseillers économiques préféreraient que Taiwan se taise ou, mieux encore, disparaisse pour permettre à tous de faire du fric en toute bonne conscience. Peu leur chaut que 23 millions de taïwanais aient ou non leur mot à dire dans leur propre destin ou dans les affaires internationales. On cause pognon ici ! Bref, la vie serait plus simple si Taiwan la bouclait, pliait aux exigences de la Chine et laissait tout le monde faire des affaires. Les partisans de cette position appartiennent à ce que j’appelle la “Enron School Of Economic Enthusiasts”. En bon français, traduisez : les Convertis de l’Economie à la Enron. Certains protesteront que la Chine n’a rien à voir avec Enron D’abord, Enron est maintenant en faillite tandis que la Chine est en pleine expansion. La comparaison ne porte pas sur le présent de ces entités mais plutôt sur les méthodes de promotion identiques employées par les convertis qui les promeuvent. Ici, Enron est plus un microcosme de cette étape du macrocosme, la “Ruée vers la Chine”. En son temps, Enron n’était pas une compagnie parmi tant d’autres. Il fut un temps où Enron affichait 111 milliards de dollars de revenus (“affichait” souligné). Il n’est pas donné a tous les pays d’en dire autant. Donc, flash-back sur les jours glorieux, quand Enron était un investissement garanti béton. D’abord, pendant six ans, “Fortune” avait désigné Enron “la plus innovante parmi les compagnies américaines.” En 2000, avec ses revenus affichés à 111 milliards de dollars, Enron était clairement la meilleure trouvaille depuis le pain tranché. Enron prenait à cœur les intérêts de ses employés ; c’était un modèle de gestion et de créativité ; c’était la boîte à imiter. Année après année, magasine après le magasine, analyste après analyste ont vanté cette perle. Enron était la coqueluche des conseillers en investissement, ses cadres étaient la crème de la crème. Peu ont résisté au chant des sirènes. Bref, Enron s’était béton. Au début, beaucoup ont fait des brouettes de fric et les actions Enron ont grimpé en conséquence. Et puis, bon, vous savez la suite. Quand la fumée s’est dissipée, il restait une énorme question embarrassante. Elle a pu sembler superflue alors, mais elle vaut qu’on s’y arrête pour cadrer le marché aujourd’hui. Forts de l’expérience, diriez-vous qu’Enron était un partenaire responsable de la communauté des affaires, de l’économique et du monde? Enron était-il un partenaire responsable? Qui pourrait répondre? Peut-être devrions-nous demander aux californiens qui ont souffert des coupures de courant pendant qu’ Enron faisait de l’ argent. Ou peut-être devrions-nous demander aux nombreux investisseurs, dont certains ont fait de l’argent avant de ramasser leurs billes quand le château de cartes a commencé à crouler. Peut-être devrions-nous demander à ses nombreux employés qui lui confiaient leurs retraites pour les voir parties en fumée. Peut-être devrions-nous même demander à Arthur Andersen, que d‘aucun jugeront complice d’Enron. Peut-être. . . mais bon, vous voyez où je veux en venir. Maintenant, transposez ces questions et cette même myopie à ce que nous observons avec la Chine. La Chine est-elle un membre responsable de la communauté internationale ? Non, entendons-nous bien. La question n’est pas “souhaiteriez que la Chine soit un membre responsable ? ” La question est, ” la Chine est-elle un membre responsable?” C’est là où nous trions les réalistes des fantaisistes et voyons qui mérite de joindre les convertis de l’économie à la Enron/Chinoise. Se convertir à l’économie à la Enron/Chinoise exige de remplir certaines conditions. D’abord vous devez être un fieffé flagorneur à la vue basse. Ni Enron ni la Chine ne sont transparents et ça aide. Mais de plus, vous ne devez pas questionner. Des deux, Enron était le moins chanceux. Bien qu’ils aient eu leurs enthousiastes, ils n’ont jamais pu contrôler la presse comme la Chine le fait. En second lieu, tout converti que vous soyez, ne jamais investir votre propre argent. Combien des enthousiastes d’Enron ont-ils personnellement subi une perte? Restez un converti et, tel un courtier en bourse, tant que les actions sont à la hausse, prenez votre commission. Quand les actions sont à la baisse, continuez à empocher votre commission. Que l’action soit à la hausse ou à la baisse, émargez. Mais quand les carottes sont cuites, trouvez des excuses. Mais là, pas de souci, la Chine vous les fournira. Excuse n° 1 : Il faut laisser à la Chine sa marge de manœuvre. Oui, la pauvre a tant de gens sur les bras etc… Et alors, la solution de la Chine? Confiez-nous plus de gens, donnez-nous Taiwan. Naturellement, Taiwan est une vache à lait et la logique en prend un coup. Mais bon, puisqu’il faut lui lâcher du mou… Excuse n° 2 : La Chine a beaucoup de soucis, mais elle a le cœur sur la main. Bien qu’harassée, la Chine, magnanime, insiste pour prendre sous son aile le Tibet et ses ressources. Elle noie le pays sous ses propres gens et les Tibétains, mis en minorité sur leur propre sol, voient leur culture détruite. Mais bon, on va pas faire un fromage du paternalisme bienveillant de la Chine. Excuse n° 3 : La Chine n’est pas un pays comme les autres. On ne peut pas exiger qu’ils suivent nos normes et soient aussi responsables que nous. Et rappelons le, il y a du fric à faire. La Chine a essayé de dissimuler le SARS? Encore une fois, n’en faisons pas un fromage. La Chine c’est différent, jusque dans sa manière d’agir en partenaire responsable. Qu’est-ce qui fait un converti d’Enron, de la Chine? A part d’avoir des œillères et de ne pas trop se mouiller, prendre un air blasé ça aide quand les manquements aux droits de l’homme et les dommages collatéraux sont soulevés. Après tout, c’est pas nos oignons. Falun Gong? Qu’est-ce que ça peut nous foutre ! Ils pèsent quoi dans l’économie mondiale? Le Tibet? Mmouai, les lamaseries c’est mignon, mais l’économie ça tourne pas au beurre de yak. Taiwan ? Ceux-là alors, faudrait d’abord qu’ils apprennent à jouer le jeu. Les dommages collatéraux, ça prend beaucoup de formes. Pour Enron, finalement les dommages sont évidents : les coupures de courant en Californie, la faillite et la perte des emplois et des retraites des employés. Et naturellement, quand Enron a pris le gadin, Arthur Andersen aussi a mordu la poussière. En Chine, évaluer la casse est plus difficile. Prenez la pollution. La Chine a 16 des 20 villes les plus polluées au monde, mais comment évaluer l’effet sur les chinois. Quant au reste du monde, n’en parlons pas. Tous les jouets, pâtées et pâtes dentifrice empoisonnés qui inondent le marché américain sont bien visibles, mais que dire du coût supplémentaire de la formation de la Chine au contrôle de qualité. Ajoutez à la liste le dommage subi par Falun Gong et autres victimes du contrôle religieux. Enfin, la menace contre la démocratie à Taiwan, qui laisse certains pays complètement indifférents. Alors, la Chine est-elle un partenaire responsable? Ces convertis ne voient pas, ou feignent de ne pas voir, que la Chine est une culture fondée sur la hiérarchisation pyramidale du pouvoir. La Chine n’est pas un co-équipier. La coopération a son prix. Pour la Chine, le but est d’étendre son hégémonie en Asie. La Chine n’envisage sa responsabilité qu’en haut de la chaîne alimentaire. Alors, et alors seulement, elle peut concevoir de condescendre à la bienveillance, à la responsabilité. Beaucoup des Européens à qui nous avons parlé ne voyaient que les juteux investissements en Chine. Mais des pays qui ont connus des régimes communistes, tels que la République Tchèque, la Pologne, et la Hongrie, n’étaient pas prêts à brader les droits de l’homme et la démocratie taïwanaise pour des gains économiques. À Berlin, où les investisseurs étaient chauds pour la ruée en Chine, le chancelier Merkel a souligné que l’Allemagne devrait diversifier ses investissements vers d’autres pays asiatiques tels que l’Inde et le Vietnam. Il y a certainement en Asie des pays plus responsables, pas fixés sur l’expansion territoriale, vers lesquels diversifier les investissements est concevable. Moins disposés à sacrifier leurs citoyens à la dominance d’une minorité, ces pays ne seront peut-être pas aussi coopératifs que la Chine. Mais lequel de l’Inde ou de la Chine vous semble plus responsable? La Thaïlande ou la Chine? Pourtant où les enthousiastes se ruent-ils? Pour ces fervents, la Chine naturellement offre d’autres avantages dont Enron ne disposait pas. La Chine peut contrôler son économie et la valeur du yuan pour assurer que le terrain reste inégal. Enron n’a jamais pu en faire autant. La Chine a une armée énorme et des armes nucléaires. Elle peut intimider beaucoup plus efficacement qu’Enron ne l’aurait jamais pu. A la réflexion, auraient-ils disposé de la force et de la puissance de la Chine, Enron serait toujours là. Alors, la Chine, partenaire responsable? Pour ceux qui savent voir, la façade de la Chine et les promesses dorées des convertis révèlent déjà des fissures. Comme je l’ai remarqué plus haut, certaines des discussions européennes m’ont effrayé. Et effrayé non pas parce que les gens veulent faire de l’argent, mais parce que certains étaient si fixés sur le court terme qu’ils excluaient toutes autres considérations. Cette vue courte et tout en rose ignore que tout a son prix. Et parfois le prix est trop élevé, même quand la casse est passée en profits et pertes. Pour changer de sujet, la marine américaine a entendu le clairon quand elle s’est vue refuser escale à Hong Kong pour le Kitty Hawk, après deux petits démineurs cherchant un abri dans la tempête. Autant pour l’esprit d’équipe et la bienveillance chinoise. Le slogan d’Enron était, “demandez pourquoi?” L’ironie a voulu que ses convertis, dans leur ruée vers le fric, ne se sont jamais arrêtés à la question. La route qui mène au marché chinois n’est pas pavée d’or, seulement de briques jaune. Il est temps de cesser d’écouter le chant des sirènes d’Enron reconverties à la Chine et de demander pourquoi. D’autres articles disponibles à: http://zen.sandiego.edu:8080/Jerome Enron, China, and One-Track Economics |