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Jerome Keating , Ph.D.

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Les pays de l’ex-Bloc voient au travers des efforts de contrôle d’une Chine arrogante

translated by Jerome Besson
2007-11-21

Je viens juste de rentrer d’un tour de sept capitales Européennes : Bruxelles, Paris, Prague, Varsovie, Budapest, Berlin et Londres. Avec quatre autres universitaires et avocats de la cause taïwanaise nous y avons défendu le message que vingt-trois millions de taïwanais méritaient la reconnaissance légitime de leur voix dans l’arène internationale. Nous avons dialogué et avons parlé avec des groupes de réflexion, des leaders, des politiciens, des professeurs, des étudiants, et tous ceux désireux d’écouter. Bref, un voyage aussi épuisant qu’instructif et euphorisant.

Les pays les plus réceptifs à notre message ont été, et de loin, les pays de l’ex-Bloc: la République Tchèque, la Hongrie, et la Pologne. Pourquoi ? Les raisons sont évidentes. Ces pays ont subi presque cinquante ans de répression sous des régimes communistes autoritaires. Ces pays savent ce que c’est que d’être sous des régimes opaques, exerçant leur contrôle sur les médias et violant les plus élémentaires des droits de l’homme. Ces pays ne se laisseraient pas facilement acheter par la superficielle promesse d’un gain à court terme de “prospérité économique” en acceptant la Chine et son exigence que Taiwan ne devrait pas être entendu ou reconnu.

L’expérience des pays du Bloc a presque un parallèle exact avec celle de Taiwan. En République Tchèque, la “révolution de velours” en 1989 a rompu l’emprise du parti communiste et des élections libres ont été tenues en 1991. En Hongrie, le parti communiste a été démantelé en 1989 et des élections multipartites ont été tenues en 1990. En Pologne, le mouvement Solidarité, légalisé en 1989, a gagné les élections en 1990 et le parti communiste a été démantelé. A Taiwan, la loi martiale sous le Parti Nationaliste Chinoise (KMT) a pris fin en 1987 et un système multiparti a été autorisé. En 1991 les députés du KMT ont dû renoncer à leurs “bol de riz en fer”, euphémisme qui désignait leurs sièges occupés pendant presque un demi-siècle, et se soumettre au suffrage populaire dans des élections libres. En 1992 le Commandement de Garnison a été abrogé et finalement, en 1996 des élections présidentielles libres ont été tenues. Que se soit les régimes communistes ou le KMT, les conditions étaient identiques : oppression, favoritisme, contrôle par un parti unique et sa mainmise sur les biens publics. Taiwan était juste une étape derrière ces pays.

Des pays tels que la République Tchèque et la Hongrie ont une population la moitié celle de Taiwan ; ils savent ce qu’être petit signifie dans la lutte pour se faire entendre. Pour cette raison, il était on ne peut plus satisfaisant d’apprendre que le 14 mai 2007 et en prévision de la réunion de l’Assemblée Mondiale de la Santé tenue du 16 au 25 mai, 82 élus de l’Assemblée nationale hongroise ont “soutenu que la République de Chine devrait avoir le droit de participer à la communauté internationale” dans une lettre ouverte adressée à Margaret Chan, Directrice Générale de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le 13 septembre 2007, un membre du Parlement hongrois, Jozef Ekes, a également écrit à Mr Ban Ki-moon, Secrétaire Général des Nations Unies, qu’ “il serait nécessaire que la prochaine réunion de l’Assemblée générale de l’ONU inclue à nouveau cette issue dans son ordre du jour, qu’elle devrait admettre Taiwan et l’impliquer dans l’activité conduite par l’ONU pour tous les peuples du monde”.

A mon retour, une dernière agréable surprise m’attendait. J’ai longtemps raillé l’hypocrisie et l’étroitesse de vision d’un monde qui se prosterne et contribue à la construction de la Chine, ce despote de l’Asie. Dans mon commentaire du 3 octobre 2007, j’avais critiqué le Département d’Etat des Etats-Unis pour jongler entre real-politique et principes. C’est donc avec grand plaisir que j’ai pris connaissance d’un éditorial récent dans Haaretz, le plus ancien et un des majeurs quotidiens israéliens. Ci-dessous, l’article complet. Tout y est dit qui doit l’être.

Notre nudité morale

Adar Primor

Haaretz,

Jérusalem, Mardi, 6 novembre, 2007

C’est l’histoire d’un pays que (presque) chacun reconnaît de fait et dont (encore, presque) chacun refuse l’existence de jure ; un pays qui lutte contre un monde cynique contrôlé par un régime d’hypocrisie internationale, où la Réalpolitique prend le dessus sur les valeurs de justice et de moralité.

Ce pays que la plupart le connaît comme Taiwan, quoique République de Chine (ROC) soit son nom officiel, a une petite requête: joindre la famille des nations. Depuis maintenant quatorze ans, il a essayé de combattre l’exclusion internationale et supplie aux portes des Nations Unies, qui le rejette avec régulière indifférence. M. Chen Shui-bian, président de Taiwan, en a ras-le-bol. Flambeau en main, il a juste fini une course de relais de onze jours autour de l’île. L’idée : promouvoir un référendum sur l’entrée du pays à l’ONU, sous le nom de Taiwan. Le fond : la guerre civile de 1949, quand les nationalistes de Chiang Kai-shek ont été décousus par les rouges de Mao Tse-dong, à la suite de quoi deux républiques chinoises ont été reconnues : la République populaire de Mao et la nationaliste ROC à Taiwan, où Chiang Kai-shek s’est retiré, vaincu. Après la guerre, la plupart des pays ont reconnu Taiwan comme gouvernement légal de toute la Chine. Cependant, en octobre 1971, l’ONU a passé une résolution éjectant les représentants de Chiang de l’organisation. Le siège chinois a été transféré de Taïpei à Pékin, devenu la “vraie Chine” pour la plupart des autres pays. Taiwan, qui depuis lors a subi un processus impressionnant de démocratisation et est maintenant considéré “le pays le plus libre en Asie”, reste exclu.

L’initiative du Président Chen se débarrasse de l’héritage de Chiang Kai-shek et des prétentions de représenter la Chine, et repose sur le développement dramatique de l’identité nationale taïwanaise. S’il y a une décennie plus de soixante-dix pour cent des habitants de l’île se définissaient “Chinois” et seulement vingt pour cent “Taïwanais”, les sondages d’opinion actuels montrent qu’environ soixante-dix pour cent se définissent maintenant “taïwanais,” et seulement treize pour cent “chinois.”

Pour Pékin, l’initiative de Chen est une étape vers une déclaration d’indépendance par ce que la Chine considère “une province rebelle.” En d’autres termes, un casus belli qui fait trembler tout un chacun. Le Secrétaire Général de l’ONU, qui a reçu de Chen la demande officielle d’entrer, n’a même pas pris la peine de l’envoyer pour discussion au Conseil de Sécurité, comme exigé. Il a préféré la renvoyer à l’expéditeur. L’Europe, pour sa part, a informé Chen que son initiative “n’aide pas” et “risque de miner la stabilité”. L’administration du président états-unien George W. Bush, qui a la bouche pleine de liberté et démocratie, a déclaré l’initiative une “erreur” et a introduit une ” perle diplomatique” typique dans la discussion : “Taiwan ne peut pas adhérer aux Nations Unies, puisqu’au moment présent ce n’est pas un état dans la communauté internationale.”

Et Israël ? Il n’a d‘autre choix que de suivre le mouvement, comme ils disent à Jérusalem. Du moins, c’est ce que la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni a fait pendant sa visite à Pékin la semaine dernière, quand elle s’est félicitée des “valeurs partagées” de la Chine et d’Israël. Certains à Taïpei se sont demandés exactement ce à quoi la ministre référait – des valeurs comme la démocratie, les droits de l’homme et la liberté de la parole ? L’insulte à l’égard des Taïwanais est particulièrement grave en regard de leur identification avec Israël : deux petites et effervescentes “vraies démocraties” engagées chacune dans leurs propres ennuis sécuritaires et existentiels, exposées aux menaces d’un gigantesque ennemi et dépendantes de la protection et de l’aide américaine. Certains appellent Taiwan l’ “Israël du Pacifique”, le ” David de l’Extrême-Orient”.

Chen n’est pas naïf. Il sait que son initiative échouera. Il sait que le “Goliath régional” est également un “Goliath global” et que “puissance fait droit” tourne les roues de la diplomatie internationale. Son rôle en revient à montrer au monde sa nudité morale.

Eastern Bloc Countries See Through China's Patronizing Efforts at Control